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Vendredi, 5 mars 2010 • Volume VIII, Numéro 428 L'Autorité Palestinienne continue à voler des centaines de millions, Les
pays donateurs doivent encore répondre aux révélations faites par Fahmi
Shabaneh,
l'ex-co,seiller juridique du Renseignement Palestinien. Il
vient d'annoncer que les dirigeants de l'Autorité Palestinienne continuent
d'encaisser dans leurs poches des millions $ venant de l'aide financière
accordée aux Palestiniens de Judée-Samarie et de Gaza. Shabaneh
a exprimé sa frustration devant la manière avec laquelle les médias
internationaux ont traité ses révélations : "Est-ce
que les Américains, les Européens, les Arabes s'en fichent de l'argent qui
leur est volé ? S'ils continuent à détourner leur regard devant la
corruption de l'Autorité Palestinienne, le Hamas va certainement prendre le
pouvoir en Cisjordanie, de la même façon qu'il l'a fait à Gaza !" Shabaneh
dirigeait l'unité anti-corruption du département du Renseignement Général.
Un mois après qu'il eut révélé dans une interview exclusive au Jerusalem
Post que des proches et fidèles collaborateurs de Mahmoud Abbas avaient détourné
à leur profit, dans des comptes personnels, des centaines de millions $, les
responsables occidentaux continuent à cacher leur tête dans le sable. Et les
médias étrangers continuent de couvrir cette histoire comme si le bureau de
Mahmoud Abbas était le siège d'un simple scandale sexuel – se référant
à une vidéo montrant Rafik Husseini, directeur de cabinet de Mahmoud Abbas,
nu dans la chambre à coucher d'une femme, vidéo également révélée par
Shabaneh. Voici
quelques exemples de la dilapidation de l'aide internationale qui a atterri
dans les poches de "voleurs et de voyous" du cercle intime de
Mahmoud Abbas.
Ces
exemples sont parmi des centaines de cas traités par Shabaneh qui est
aujourd'hui un homme "recherché" par la police palestinienne pour
"collaboration" avec l'ennemi. Shabaneh
maintient ses accusations, ayant sous la main tous les documents et dossiers
les étayant. Il insiste sur le fait qu'à ce jour, les dirigeants et les représentants
de l'AP continuent à voler le peuple, en détournant une grande partie de
l'aide internationale. "Ce
n'est pas à cause du scandale sexuel seulement", insiste Shabaneh,
car ce scandale n'est que le sommet de l'iceberg. Depuis que M Abbas l'avait
nommé il y a 6 ans comme chef anti-corruption, Shabaneh a réuni des dossiers
pouvant incriminer des douzaines de hauts dirigeants de l'AP, en plus des 2
fils de M Abbas, Yasser et Tareq. "J'avoue
ne pas bien comprendre qu'en Occident on traite cette question importante
comme s'il s'agissait simplement d'hommes qu'on a surpris dans le lit d'une
femme" Pendant
ce temps Mahmoud Abbas ne paye plus le salaire de Shahadeh pour le punir
d'avoir parlé contre lui et la corruption, alors que le mutisme des médias
et de la Communauté Internationale prépare le lit du pouvoir au Hamas. La
Turquie en crise L'arrestation
et l'inculpation, la semaine dernière, en Turquie, de hauts responsables de
l'armée ont virtuellement précipité le pays dans sa crise la plus grave
depuis la fondation de la république par Atatürk en 1923. Les semaines qui
viennent indiqueront probablement si le pays poursuivra sa dérive vers
l'islamisme ou s'il retournera à sa laïcité traditionnelle. Le dénouement
aura des implications majeures pour les musulmans du monde entier. Pendant
longtemps, l'armée turque a été à la fois l'institution la plus fiable et
le garant de l'héritage d'Atatürk, particulièrement de la laïcité. La dévotion
au fondateur n'est pas une simple vue de l'esprit mais bien un élément
concret et central de la vie de tout officier turc : comme l'a montré,
documents à l'appui, le journaliste Mehmet Ali Birand, les élèves officiers
ne passent pas une heure sans entendre l'invocation du nom d'Atatürk. À
quatre reprises, entre 1960 et 1997, l'armée est intervenue pour rétablir le
cours normal de la vie politique. La dernière fois, elle a forcé le
gouvernement islamiste de Necmettin Erbakan à démissionner. Échaudés par
cette expérience, certains membres de l'équipe d'Erbakan ont eux-mêmes réorganisé
un parti, plus prudent : le Parti de la Justice et du Développement (AKP).
Lors des élections déterminantes de 2002, ils sont arrivés en tête, devant
les partis du centre discrédités et divisés, avec une majorité simple de
34 pour cent des suffrages. La
loi électorale a transformé cette majorité simple en une majorité absolue
de 66 pour cent des sièges au parlement et en un cas rare de gouvernement
homogène. Non seulement l'AKP a tiré habilement profit de cette situation
avantageuse pour poser les fondations d'un ordre islamique mais en plus, aucun
autre parti ou leader n'a émergé pour le contrecarrer. En conséquence,
l'AKP a augmenté sa part de suffrages aux élections de 2007 pour atteindre
un retentissant 47 pour cent et obtenir le contrôle de 62 pour cent des sièges
au parlement. Les
succès électoraux répétés de l'AKP l'ont encouragé à abandonner sa
prudence initiale pour hâter l'avancée du pays vers son rêve d'une République
islamique de Turquie. Le parti a placé des partisans à la présidence et au
sein du pouvoir judiciaire pendant qu'il prenait un contrôle grandissant sur
l'éducation, l'économie, les médias et d'autres institutions importantes.
Il a même défié la mainmise laïque sur ce que les Turcs appellent « l'État
profond » – les institutions non électives comme les agences de
renseignement, les services de sécurité et le pouvoir judiciaire. Seule
l'armée, arbitre suprême dans l'orientation du pays, est restée hors du
contrôle de l'AKP. Plusieurs
facteurs ont alors poussé l'AKP à affronter l'armée : le contrôle de l'armée
par le civil, exigé pour entrer dans l'Union européenne ; une procédure en
2008 qui a failli conduire à la dissolution de l'AKP ; l'importance
grandissante de son allié islamiste, le Mouvement Gülen. L'érosion de la
popularité de l'AKP (de 47 pour cent en 2007 à 29 pour cent actuellement)
n'a fait que précipiter cette confrontation car cela laisse supposer la fin
du gouvernement homogène de l'AKP aux prochaines élections. En
2007, l'AKP a imaginé une théorie du complot, qu'il a appelée Ergenekon,
dans le but d'arrêter environ 200 opposants au parti, parmi lesquels des
officiers de l'armée, sous l'accusation de complot visant à renverser le
gouvernement élu. L'armée a réagi passivement si bien que l'AKP a élevé
les enjeux le 22 janvier dernier en échafaudant une seconde théorie du
complot, appelée Balyoz (« massue ») et dirigée exclusivement contre l'armée. L'armée
a nié toute activité illégale et le chef d'état-major, le général İlker
Başbuğ, a déclaré sous forme d'avertissement : « notre patience a
des limites ». Cependant, le gouvernement a procédé, à partir du 22 février,
à l'arrestation de 67 officiers en exercice et à la retraite, dont les
anciens chefs des forces aérienne et navale. Jusqu'à présent, 35 officiers
ont été inculpés. L'AKP
a donc jeté le gant, laissant le commandement militaire face à deux options
peu attrayantes : (1) continuer bon gré mal gré à accepter l'AKP dans
l'espoir que des élections régulières dès 2011 viendront mettre fin à
cette situation et renverseront la vapeur ou (2) organiser un coup d'État en
risquant un retour de manivelle dans les urnes et le renforcement du poids électoral
des islamistes. L'enjeu
est de savoir si les offensives que sont Ergenekon et Balyoz vont réussir à
transformer l'armée kémaliste en institution güleniste, ou si le coup monté
flagrant de l'AKP et sa supercherie vont piquer les laïques au vif et leur
faire retrouver de la voix et de l'assurance. En fin de compte, la question
est de savoir si la charia (la loi islamique) va gouverner la Turquie ou si le
pays va retourner à la laïcité. L'importance
de la Turquie sur le plan islamique laisse supposer que l'issue de la crise
aura des conséquences pour les musulmans du monde entier. La domination de
l'AKP sur l'armée signifiera que les islamistes contrôleront l'institution
laïque la plus puissante de l'oumma (la communauté musulmane),
prouvant par-là que, pour l'instant, rien ne peut les arrêter. Mais si l'armée
conserve son indépendance, la ligne tracée par Atatürk subsistera en
Turquie et offrira au monde musulman une alternative au rouleau compresseur
islamiste. Dubaï
à la loupe Mise
en perspective n° I : Le monde n'a pas énormément été affecté par la
mort de Mahmoud Mabhouh. Ce dernier était le meurtrier confessé de deux
soldats israéliens, Ilan Saadon et Avi Sasportas, au cours de deux
kidnappings séparés perpétrés avec l'aide de deux autres terroristes du
Hamas en 1989. Il était également le fondateur du groupe terroriste Izzadin
Kassam, rattaché au Hamas. Depuis qu'il avait fui Gaza pour échapper aux
sanctions israéliennes, il s'était installé à Damas pour superviser le
transfert de missiles iraniens à l'adresse du Mouvement de résistance
islamique, destinés aux civils israéliens de l'autre côté de la frontière. Mise
en perspective n° II : L'assassinat de Mabhouh est un coup de maître. Si
l'on en croit les rapports qui désignent le Mossad comme responsable, on ne
peut pas parler de récidive du scandale de Lillehammer de 1973. C'était en
Norvège et les agents du Mossad - qui avaient pour but de venger l'assassinat
des athlètes de Munich par le groupe terroriste Septembre noir - avaient tué
un innocent barman marocain, Ahmed Bouchiki, qu'ils avaient confondu avec le
chef terroriste palestinien, Ali Hassan Salameh. Et,
encore une fois, si l'on en croit les rapports qui désignent le Mossad comme
responsable de l'affaire de Dubaï, il ne s'agit pas d'une rediffusion de la débâcle
d'Amman de 1997, quand les agents du Mossad, qui voulaient assassiner le
leader du Hamas, Khaled Mashaal, avaient été pris sur le fait alors qu'ils
lui versaient du poison dans l'oreille. Les
relations diplomatiques entre Israël et la Jordanie avaient été lourdement
froissées à la suite de cet événement. Les tensions bilatérales n'avaient
connu une accalmie que quand Israël avait accepté de délivrer l'antidote
pour sauver la vie de Mashaal et relâcher l'idéologue sanguinaire du
mouvement, sheikh Ahmed Yassin (en échange du retour sains et saufs des
agents secrets capturés). A
Dubaï le mois dernier, Mabhouh a été tué d'une telle façon qu'il a
d'abord été suggéré que le terroriste était décédé de mort naturelle.
D'autant plus que ses assassins ont précautionneusement prévu leur fuite, se
dispersant vers différentes destinations. Mise
en perspective n° III : Certains aspects témoignant de l'amateurisme de l'opération
de Dubaï font dire à des experts que ce ne peut être un coup du Mossad.
Selon ces analyses, Israël n'aurait pas mis en danger la vie de plusieurs de
ses ressortissants, leurs visages détendus fichés pour la postérité par
toutes les agences de renseignements du monde entier. Jusqu'à récemment,
plus de trois semaines après le "coup Mabhouh", des hommes
politiques israéliens de haut rang souriaient face à ces accusations invérifiables
qui prétendent que le Mossad est largement présent dans la région. Une
humeur d'autosatisfaction qui a imprégné les médias israéliens où, les
premiers jours, Meïr Dagan était dépeint comme LE chef des renseignements
par excellence, celui qui a su faire revivre le service, et pris des mesures
extraordinaires quand ses prédécesseurs s'étaient montrés plus prudents.
En clair, tous le décrivaient comme l'homme qui avait osé... et gagné. Cependant,
le vent a quelque peu tourné. De l'autosatisfaction à l'autopunition. Fidèle
à la tradition de culture de l'ambiguïté chère à Israël, l'Etat n'a
officiellement ni infirmé, ni confirmé la paternité de cet acte. Et avec
l'affaire des identités usurpées, le héros Dagan d'hier est devenu l'incompétent
d'aujourd'hui. Il est tout d'un coup portraituré comme l'homme à la tête
d'une dictature, celui qui a renvoyé plusieurs de ses adjoints, se refuse à
prévoir sa succession pour qu'aucun de ses responsables de sections ne soit
tenté de prendre le dessus sur lui. Un homme trop longtemps demeuré au même
poste. Et donc, désormais, contraint à partir. Mission
accomplie Mais,
de la même façon que l'humeur d'autosatisfaction avait été exagérée,
ainsi l'est aussi la période sombre où l'opprobre est jetée. Un dangereux
assassin - coupable d'avoir mené à la mort de civils innocents - a été
neutralisé. Il en va de même pour l'élimination encore irrésolue du chef
du Hezbollah, Imad Mougniyeh, à Damas, il y a deux ans. Peu importe qui a
porté ce coup à l'organisation terroriste, et peu importe grâce à quelle
aide il a pu être réalisé, le but est atteint, la cible touchée, et le
Hamas rendu plus vulnérable. Mabhouh a été tué et n'est pas décédé de
mort naturelle : le pot-aux-roses a été découvert et cela constitue donc un
échec, c'est vrai, pour les auteurs de l'élimination. Mais il n'en demeure
pas moins que les risques avaient été calculés au préalable par tous les
commanditaires. Avec de vraies photos et de vraies identités apposées sur de
faux passeports, les véritables immigrants israéliens d'origine européenne
devraient facilement pouvoir démontrer leur innocence. Quant
à la crise diplomatique que toute l'affaire aurait pu causer, elle semble bel
et bien avoir été évitée. L'utilisation de passeports britanniques ne
cause que des dommages relatifs pour le gouvernement actuel de Gordon Brown,
autrement préoccupé par de prochaines élections qu'il perdra sûrement. En
outre, le choix des pays est sûrement un "fait exprès" : la
Grande-Bretagne dont la jurisprudence interdit l'accès à tout criminel de
guerre israélien ; l'Irlande, où le nom d'Israël est régulièrement traîné
dans la boue par la population locale. On peut alors se demander si ces considérations
n'émaneraient pas d'influences politiques, plutôt que de seuls services
secrets. Une
répercussion est certaine en revanche : l'idée de voir le gouvernement de
Brown amender la législation britannique n'a pas tellement évolué. Si la
Grande-Bretagne demande de façon insistante des explications à Israël,
l'Etat hébreu se devra d'en fournir face aux tabloïds britanniques tantôt véhéments,
tantôt affabulateurs à notre égard. Il n'y a pas de dogme en la matière,
pas de façon déterminée d'agir. Doit-on dire toute la vérité, une vérité
partiale ou mentir effrontément ? La réponse est relative aux circonstances,
à la nature des relations entre les pays, aux coopérations souhaitées, à
la politique intérieure, et à bien d'autres domaines. Quand le scandale
Mashaal a fait surface, le chef du Mossad d'alors, Danny Yatom, s'était immédiatement
confessé aux Jordaniens. Mais aujourd'hui - si tant est que les rapports de
la police de Dubaï disent vrai - est-ce que l'appareil de sécurité israélien
saura surmonter un nouveau scandale sans y laisser trop de plumes ? Une fois
encore, rappelons-nous, l'affaire de Dubaï n'a rien à voir avec le fiasco
Mashaal. Bien au contraire. Il s'agit, d'abord et avant tout, d'une mission
accomplie. Mise
en perspective n° IV : Certes, rien de tel qu'une opération infaillible.
Mais elles sont rares. De telles actions s'accompagnent généralement de
sources d'échec, de points faibles. L'excellence et l'infaillibité sont réservées
au pape. le
grondement sourd de la détestation insidieuse d’Israël Rentrant des
Etats-Unis où je me suis déconnecté des media français, je n’en ai que
davantage l’impression de me trouver, en France, plongé en plein délire
quel que soit le sujet traité. Il en va
ainsi pour ce qui concerne l’administration Obama et la situation intérieure
américaine : je sais que la plupart des journalistes français, lorsqu’ils
se rendent outre-Atlantique, sortent peu de Manhattan à New York, du quartier
des lobbies bien pensants à Washington, DC, et du centre de San Francisco, où
foisonnent bobos, gauchistes et autres dérangés, mais tout de même ! Rien à dire
sur la chute libre d’Obama dans les sondages et sur l’atmosphère de fin
de règne qui hante le parti Démocrate ? Ce qui vaut
pour les Etats-Unis vaut aussi en ce qui concerne l’Europe, où la crise
financière est due, disent quasiment tous les journaux, à de méchants spéculateurs
et à l’absence d’un gouvernement européen, mais strictement à rien
d’autre. Et surtout
pas à ce qui a conduit Vladimir Boukovsky à comparer la construction de
l’Union Européenne à la construction de l’Union Soviétique, ou à ce
qui a mené Milton Friedman à souligner d’emblée que l’euro était
promis à un funeste sort : qui, en France, oserait citer Boukovsky ou
Friedman ? Ce qui vaut
pour l’Europe ou la crise financière européenne vaut aussi pour la Chine,
face à laquelle il semble que l’attitude à adopter doive être celle de la
fascination extatique : pour ce qui concerne la situation chinoise, les
journalistes français, de manière presque unanime, parviennent à être plus
optimistes que les commentateurs chinois eux-mêmes ! Le pire et le
plus inquiétant, cela dit, reste la façon dont sont traitées les questions
qui se rapportent à l’islam, au monde musulman et au Proche-Orient. Aux
Etats-Unis, on donne la parole à Wafa Sultan, Nonie Darwish, Daniel Pipes, même
si c’est de manière insuffisante. Pas en France
! Où le discours le plus critique que l’on puisse entendre sur l’islam
est celui d’une Caroline Fourest, qui prend toujours ses précautions pour
dire qu’elle s’en prend à tous les extrémismes religieux, donc aussi,
aux effroyables « Juifs intégristes » et aux non moins abominables chrétiens
fidèles au discours du Pape. Aux
Etats-Unis, on peut parler de l’arriération culturelle, politique et économique
du monde musulman : pas en France, apparemment, où cela tomberait, peut être,
sous le coup des innombrables lois censées imposer une façon unique de
penser comme on le faisait et on le fait encore dans des pays ouvertement
dictatoriaux. Aux
Etats-Unis, on peut parler de la réalité du Proche-Orient : vraiment pas en
France. Lorsque j’étais à Los Angeles, la façon dont une conférence de
l’ambassadeur d’Israël à l’université d’Irvine avait été
interrompue par des islamistes très bien organisés faisait scandale. Or je serais
enclin à penser, qu’en France, c’est l’idée même d’inviter
l’ambassadeur d’Israël à parler dans une enceinte universitaire qui
semblerait inimaginable, tant une détestation insidieuse d’Israël s’est
infiltrée dans les mœurs et semble devenue normale, presque légitime. J’ai,
puisque j’aborde le sujet, vu qu’en quelques jours, les propos et écrits
concernant Israël se sont multipliés à Paris, et il ne m’a pas échappé
qu’ils relevaient tous, à des degrés divers, de cette détestation, même
si certains de leurs auteurs tentaient d’y mettre les formes. Un terroriste,
tueur professionnel, membre haut placé du Hamas, est éliminé à Dubaï ? On
n’attend pas de disposer de preuves précises, on se fie immédiatement aux
rapports de la police de Dubaï, on parle d’ « assassinat », comme si le
principal concerné était une victime innocente. Et, bien sûr,
on accuse Israël, en chantant en chœur ou en sourdine avec des gens qui sont,
eux, de véritables assassins. On oublie au passage que l’élimination ciblée
d’individus aussi pourris et dangereux que Mahmoud al-Mabhouh par les armées
américaine, anglaise et française s’opère chaque semaine en Afghanistan. On ne se
demande pas ce que cherche Dubaï en diffusant des informations pas très vérifiables.
On ne demande pas que les caméras de surveillance, si perfectionnées et si
omniprésentes de Dubaï, nous montrent les images de ceux avec qui Mahmoud
al-Mabhouh et ses semblables travaillaient. On ne parle
pas du rôle de Dubaï en tant que plaque tournante du financement du
terrorisme islamique et en tant qu’interface entre l’Iran d’Ahmadinejad
et une cohorte indéterminée de criminels en tous genres. Le
gouvernement israélien décide d’inscrire le Caveau des Patriarches et le
Tombeau de Rachel au patrimoine de l’Etat d’Israël ? On laisse de côté
que ce sont des lieux saints et des lieux de mémoire pour le peuple juif, qui
n’ont cessé d’être menacés par les barbares islamiques. On passe sous
silence qu’Israël n’a jamais exclu quiconque de quelque lieu saint que ce
soit et que, en revanche, les ennemis d’Israël, lorsqu’ils ont conquis
par la force un lieu saint juif se sont empressés d’en interdire l’accès
à tous les Juifs. On incrimine
Israël, qui serait coupable de « jouer avec le feu » ou de procéder à des
« provocations », ce qui équivaut à sous-entendre que, si certains
recourent à la violence contre des Juifs israéliens, ce sera, comme toujours,
la faute des Juifs israéliens. On rappelle
sans cesse, ici ou là, l’acte, répréhensible, de Baruch Goldstein en
1994, que tout Israël a condamné, mais jamais que les équivalents arabes de
Baruch Goldstein se comptent par centaines et ne sont, eux, pas stigmatisés
par les sociétés arabes, mais célébrés comme « martyrs ». On semble,
par ailleurs, très pressé, vraiment très pressé, de voir se créer un Etat
palestinien. On tresse des louanges à Mahmoud Abbas et à Salam Fayyad. On
parle de progrès « considérables » en Cisjordanie. L’expression
« idiots utiles » me semblant très en dessous de la réalité, devrais-je
parler de crétinisme généralisé, d’aveuglement plus que volontaire,
d’amnésie, de lâcheté, de pratiques cauteleuses, inspirées par la peur
et la servilité, et désigner par ces mots la quasi intégralité du
personnel médiatique français ? Ceux qui
lisent, ce qu’on ne fait semble-t-il plus guère dans les salles de rédaction
en France, savent ce que déclarent abondamment Mahmoud Abbas et Salam Fayyad
lorsqu’ils s’expriment en arabe, et savent donc qu’ils ne sont pas plus
modérés que Bernard Kouchner n’est une bonne sœur. Les mêmes
savent aussi que ce qui est « considérable » dans les territoires régis
par l’Autorité Palestinienne, c’est, surtout, la corruption
qu’alimentent copieusement les pays occidentaux par des dons et financements
divers, qui ne tombent pas dans n’importe quelles poches. Les mêmes savent
enfin que les « dirigeants palestiniens », quels qu’ils soient, ne veulent
pas un seul instant d’un Etat palestinien à côté d’Israël. De qui se
moque-t-on ? Je répondrais
: du peuple d’Israël d’abord, qu’on traite de plus en plus, en Europe,
avec le mépris qu’on réservait aux Juifs d’Europe dans les années 1930. J’ajouterais
: des populations arabes, qu’on laisse aux mains de corrompus propagandistes
qu’on se charge de subventionner. Et de la
population française, bien sûr, qu’on désinforme et à qui on transmet
des réflexes conditionnés anti-israéliens tout en prétendant lutter contre
l’antisémitisme. Je dirais
enfin : de l’histoire et des faits. J’ai, dans ma bibliothèque, un
rayonnage entier de livres très précis et très documentés sur l’histoire
de la région, sur celle du mouvement « palestinien ». Ces livres
sont disponibles et très faciles à acheter sur Internet. Je ne puis croire
une seule seconde que ceux qui ne lisent pas ignorent tout de ce qu’ils
pourraient découvrir en lisant. Je dois penser qu’ils choisissent sciemment
de mentir. Je n’ai, en
ce qui me concerne, jamais accepté de manger de ce pain là. Si je voulais me
prostituer, je le ferais sans hypocrisie, et je fréquenterais le bois de
Boulogne. Si, lassé de lutter contre les vents nauséabonds d’une
propagande qui prétend décrire la réalité mais relève, en fait, de la
fiction, je voulais passer à la fiction, j’écrirais des romans, et je
dirais que ce sont des romans. Je n’aurais pas la malhonnêteté de prétendre
que je décris la réalité. Je me suis déconnecté
quelques jours des media français, notai-je. Ce genre de déconnection est de
plus en plus indispensable à ma santé mentale. Il m’arrive de me demander
pourquoi je me replonge dans le délire. La seule réponse que je puisse
m’apporter est : parce que je ne puis me résigner à l’hégémonie du délire. Parce que,
aussi, lorsque j’ai pris le chemin ardu de la connaissance et de ce que Karl
Popper appelait la « quête inachevée », je me suis imprégné de l’idée
qu’il y avait une éthique inhérente à la connaissance. Savoir libère.
La négation ou la falsification du savoir ouvre la porte à
l’asservissement, à la destruction, et, parfois, au carnage. Je veux
pouvoir me dire que je ne serai jamais du côté de l’asservissement, de la
destruction eu du carnage. Je n’oublie
pas ce qui s’est passé en Europe il y a soixante cinq ans. Je n’oublie
pas que les disciples des génocidaires européens d’il y a soixante cinq
ans injectent leur venin dans les têtes à Ramallah autant qu’à Gaza, à
Beyrouth ou à Téhéran. Je suis
agnostique, mais je discerne ce que nous devons, tous, au judaïsme, sans
lequel ce qu’il y a de plus fécond dans la civilisation occidentale, pour
l’essentiel, n’existerait pas. C’était récemment
la fête juive de Pourim : la lecture du livre d’Esther renvoie, précisément,
à la guerre contre le peuple juif. On
y lit, me semble-t-il, la première incrimination antisémite connue. On y
voit une femme juive qui n’a, d’abord, pas voulu s’impliquer et qui,
ensuite, fait bien davantage que s’impliquer. Comme l’a noté Phyllis
Chesler sur son blog : « le message du livre d’Esther vaut toujours ». Il
rappelle à la vigilance face à la haine et, en particulier, à la plus
vieille et à la plus pernicieuse de toutes les haines. Il rappelle qu’à
chaque instant, que nous soyons juifs ou non, nous devons faire des choix qui
nous définissent.
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