Vendredi, 5 mars 2010 • Volume VIII, Numéro 428

L'Autorité Palestinienne continue à voler des centaines de millions,
alors que le Hamas est en train de prendre le pouvoir

Khaled Abou Toameh
Middle East and Terrorism, 27 février 2010
Traduit par Albert Soued pour nuitdorient

Les pays donateurs doivent encore répondre aux révélations faites par Fahmi Shabaneh, l'ex-co,seiller juridique du Renseignement Palestinien.

Il vient d'annoncer que les dirigeants de l'Autorité Palestinienne continuent d'encaisser dans leurs poches des millions $ venant de l'aide financière accordée aux Palestiniens de Judée-Samarie et de Gaza.

Shabaneh a exprimé sa frustration devant la manière avec laquelle les médias internationaux ont traité ses révélations :

"Est-ce que les Américains, les Européens, les Arabes s'en fichent de l'argent qui leur est volé ? S'ils continuent à détourner leur regard devant la corruption de l'Autorité Palestinienne, le Hamas va certainement prendre le pouvoir en Cisjordanie, de la même façon qu'il l'a fait à Gaza !"

Shabaneh dirigeait l'unité anti-corruption du département du Renseignement Général. Un mois après qu'il eut révélé dans une interview exclusive au Jerusalem Post que des proches et fidèles collaborateurs de Mahmoud Abbas avaient détourné à leur profit, dans des comptes personnels, des centaines de millions $, les responsables occidentaux continuent à cacher leur tête dans le sable.

Et les médias étrangers continuent de couvrir cette histoire comme si le bureau de Mahmoud Abbas était le siège d'un simple scandale sexuel – se référant à une vidéo montrant Rafik Husseini, directeur de cabinet de Mahmoud Abbas, nu dans la chambre à coucher d'une femme, vidéo également révélée par Shabaneh.

Voici quelques exemples de la dilapidation de l'aide internationale qui a atterri dans les poches de "voleurs et de voyous" du cercle intime de Mahmoud Abbas.

  • Des milliers de fonctionnaires dont les noms apparaissent dans les registres de l'Autorité Palestinienne (AP) n'existent pas en réalité, ou n'ont jamais mis les pieds à leur travail. On décompte 150 000 fonctionnaires enregistrés sur la feuille de paie de l'AP et payés par des gouvernements occidentaux et arabes.

  • L'enquête menée par Shabaneh montre que des responsables officiels au niveau du Président et le ministre des Finances détournent tous les mois des millions $ vers des comptes personnels.

  • Juste avant les élections parlementaires de Janvier 2006, les Etats-Unis ont donné 3,2 millions $ au Fatah pour l'aider à améliorer son image auprès du peuple, dans le but d'empêcher le Hamas de gagner. Or le Hamas a néanmoins gagné à Gaza. L'enquête de Shabaneh a montré que l'argent avait été donné à une agence de publicité appartenant à la famille Abbas et que les sommes se sont volatilisées.

  • Un ancien ministre de l'AP a convaincu Mahmoud Abbas et son prédécesseur Yasser Arafat de lui donner 5 millions $ de l'aide internationale, dans le but d'acheter des terrains à vendre à Jérusalem, avant que les Juifs ne s'en emparent… L'enquête a montré que ce ministre a déposé cette somme dans un compte bancaire personnel et, depuis, il a construit une grande et luxueuse villa, dans les faubourgs de la capitale.

  • Shabaneh a aussi trouvé que A'zzam al-Ahmed, conseiller de haut niveau de Mahmoud Abbas et officiel du Fatah, a soutiré 1,5 million $ d'Arafat et d'Abbas, sous le même prétexte d'achat de terrains. Avocat de l'OLP en Jordanie, le frère d'A'zzam est également suspecté d'avoir détourné à son profit des millions $ de l'argent de l'AP sous les même prétextes fallacieux de terrains à acheter.

  • Shabaneh a découvert qu'un ex-ministre des Finances de l'AP a déposé 8 millions $ dans un compte personnel. S'en inquiétant, on lui a signifié de s'occuper de ses affaires.

Ces exemples sont parmi des centaines de cas traités par Shabaneh qui est aujourd'hui un homme "recherché" par la police palestinienne pour "collaboration" avec l'ennemi.

Shabaneh maintient ses accusations, ayant sous la main tous les documents et dossiers les étayant. Il insiste sur le fait qu'à ce jour, les dirigeants et les représentants de l'AP continuent à voler le peuple, en détournant une grande partie de l'aide internationale.

"Ce n'est pas à cause du scandale sexuel seulement", insiste Shabaneh, car ce scandale n'est que le sommet de l'iceberg. Depuis que M Abbas l'avait nommé il y a 6 ans comme chef anti-corruption, Shabaneh a réuni des dossiers pouvant incriminer des douzaines de hauts dirigeants de l'AP, en plus des 2 fils de M Abbas, Yasser et Tareq.

"J'avoue ne pas bien comprendre qu'en Occident on traite cette question importante comme s'il s'agissait simplement d'hommes qu'on a surpris dans le lit d'une femme"

Pendant ce temps Mahmoud Abbas ne paye plus le salaire de Shahadeh pour le punir d'avoir parlé contre lui et la corruption, alors que le mutisme des médias et de la Communauté Internationale prépare le lit du pouvoir au Hamas.

La Turquie en crise
Daniel Pipes
National Review Online, 2 mars 2010
Adaptation française: Johan Bourlard

L'arrestation et l'inculpation, la semaine dernière, en Turquie, de hauts responsables de l'armée ont virtuellement précipité le pays dans sa crise la plus grave depuis la fondation de la république par Atatürk en 1923. Les semaines qui viennent indiqueront probablement si le pays poursuivra sa dérive vers l'islamisme ou s'il retournera à sa laïcité traditionnelle. Le dénouement aura des implications majeures pour les musulmans du monde entier.

Pendant longtemps, l'armée turque a été à la fois l'institution la plus fiable et le garant de l'héritage d'Atatürk, particulièrement de la laïcité. La dévotion au fondateur n'est pas une simple vue de l'esprit mais bien un élément concret et central de la vie de tout officier turc : comme l'a montré, documents à l'appui, le journaliste Mehmet Ali Birand, les élèves officiers ne passent pas une heure sans entendre l'invocation du nom d'Atatürk.

À quatre reprises, entre 1960 et 1997, l'armée est intervenue pour rétablir le cours normal de la vie politique. La dernière fois, elle a forcé le gouvernement islamiste de Necmettin Erbakan à démissionner. Échaudés par cette expérience, certains membres de l'équipe d'Erbakan ont eux-mêmes réorganisé un parti, plus prudent : le Parti de la Justice et du Développement (AKP). Lors des élections déterminantes de 2002, ils sont arrivés en tête, devant les partis du centre discrédités et divisés, avec une majorité simple de 34 pour cent des suffrages.

La loi électorale a transformé cette majorité simple en une majorité absolue de 66 pour cent des sièges au parlement et en un cas rare de gouvernement homogène. Non seulement l'AKP a tiré habilement profit de cette situation avantageuse pour poser les fondations d'un ordre islamique mais en plus, aucun autre parti ou leader n'a émergé pour le contrecarrer. En conséquence, l'AKP a augmenté sa part de suffrages aux élections de 2007 pour atteindre un retentissant 47 pour cent et obtenir le contrôle de 62 pour cent des sièges au parlement.

Les succès électoraux répétés de l'AKP l'ont encouragé à abandonner sa prudence initiale pour hâter l'avancée du pays vers son rêve d'une République islamique de Turquie. Le parti a placé des partisans à la présidence et au sein du pouvoir judiciaire pendant qu'il prenait un contrôle grandissant sur l'éducation, l'économie, les médias et d'autres institutions importantes. Il a même défié la mainmise laïque sur ce que les Turcs appellent « l'État profond » – les institutions non électives comme les agences de renseignement, les services de sécurité et le pouvoir judiciaire. Seule l'armée, arbitre suprême dans l'orientation du pays, est restée hors du contrôle de l'AKP.

Plusieurs facteurs ont alors poussé l'AKP à affronter l'armée : le contrôle de l'armée par le civil, exigé pour entrer dans l'Union européenne ; une procédure en 2008 qui a failli conduire à la dissolution de l'AKP ; l'importance grandissante de son allié islamiste, le Mouvement Gülen. L'érosion de la popularité de l'AKP (de 47 pour cent en 2007 à 29 pour cent actuellement) n'a fait que précipiter cette confrontation car cela laisse supposer la fin du gouvernement homogène de l'AKP aux prochaines élections.

En 2007, l'AKP a imaginé une théorie du complot, qu'il a appelée Ergenekon, dans le but d'arrêter environ 200 opposants au parti, parmi lesquels des officiers de l'armée, sous l'accusation de complot visant à renverser le gouvernement élu. L'armée a réagi passivement si bien que l'AKP a élevé les enjeux le 22 janvier dernier en échafaudant une seconde théorie du complot, appelée Balyoz (« massue ») et dirigée exclusivement contre l'armée.

L'armée a nié toute activité illégale et le chef d'état-major, le général İlker Başbuğ, a déclaré sous forme d'avertissement : « notre patience a des limites ». Cependant, le gouvernement a procédé, à partir du 22 février, à l'arrestation de 67 officiers en exercice et à la retraite, dont les anciens chefs des forces aérienne et navale. Jusqu'à présent, 35 officiers ont été inculpés.

L'AKP a donc jeté le gant, laissant le commandement militaire face à deux options peu attrayantes : (1) continuer bon gré mal gré à accepter l'AKP dans l'espoir que des élections régulières dès 2011 viendront mettre fin à cette situation et renverseront la vapeur ou (2) organiser un coup d'État en risquant un retour de manivelle dans les urnes et le renforcement du poids électoral des islamistes.

L'enjeu est de savoir si les offensives que sont Ergenekon et Balyoz vont réussir à transformer l'armée kémaliste en institution güleniste, ou si le coup monté flagrant de l'AKP et sa supercherie vont piquer les laïques au vif et leur faire retrouver de la voix et de l'assurance. En fin de compte, la question est de savoir si la charia (la loi islamique) va gouverner la Turquie ou si le pays va retourner à la laïcité.

L'importance de la Turquie sur le plan islamique laisse supposer que l'issue de la crise aura des conséquences pour les musulmans du monde entier. La domination de l'AKP sur l'armée signifiera que les islamistes contrôleront l'institution laïque la plus puissante de l'oumma (la communauté musulmane), prouvant par-là que, pour l'instant, rien ne peut les arrêter. Mais si l'armée conserve son indépendance, la ligne tracée par Atatürk subsistera en Turquie et offrira au monde musulman une alternative au rouleau compresseur islamiste.

Dubaï à la loupe
David Horovitz
Jerusalem Post, 4 mars 2010

Mise en perspective n° I : Le monde n'a pas énormément été affecté par la mort de Mahmoud Mabhouh. Ce dernier était le meurtrier confessé de deux soldats israéliens, Ilan Saadon et Avi Sasportas, au cours de deux kidnappings séparés perpétrés avec l'aide de deux autres terroristes du Hamas en 1989. Il était également le fondateur du groupe terroriste Izzadin Kassam, rattaché au Hamas. Depuis qu'il avait fui Gaza pour échapper aux sanctions israéliennes, il s'était installé à Damas pour superviser le transfert de missiles iraniens à l'adresse du Mouvement de résistance islamique, destinés aux civils israéliens de l'autre côté de la frontière.

Mise en perspective n° II : L'assassinat de Mabhouh est un coup de maître. Si l'on en croit les rapports qui désignent le Mossad comme responsable, on ne peut pas parler de récidive du scandale de Lillehammer de 1973. C'était en Norvège et les agents du Mossad - qui avaient pour but de venger l'assassinat des athlètes de Munich par le groupe terroriste Septembre noir - avaient tué un innocent barman marocain, Ahmed Bouchiki, qu'ils avaient confondu avec le chef terroriste palestinien, Ali Hassan Salameh.

Et, encore une fois, si l'on en croit les rapports qui désignent le Mossad comme responsable de l'affaire de Dubaï, il ne s'agit pas d'une rediffusion de la débâcle d'Amman de 1997, quand les agents du Mossad, qui voulaient assassiner le leader du Hamas, Khaled Mashaal, avaient été pris sur le fait alors qu'ils lui versaient du poison dans l'oreille.

Les relations diplomatiques entre Israël et la Jordanie avaient été lourdement froissées à la suite de cet événement. Les tensions bilatérales n'avaient connu une accalmie que quand Israël avait accepté de délivrer l'antidote pour sauver la vie de Mashaal et relâcher l'idéologue sanguinaire du mouvement, sheikh Ahmed Yassin (en échange du retour sains et saufs des agents secrets capturés).

A Dubaï le mois dernier, Mabhouh a été tué d'une telle façon qu'il a d'abord été suggéré que le terroriste était décédé de mort naturelle. D'autant plus que ses assassins ont précautionneusement prévu leur fuite, se dispersant vers différentes destinations.

Mise en perspective n° III : Certains aspects témoignant de l'amateurisme de l'opération de Dubaï font dire à des experts que ce ne peut être un coup du Mossad. Selon ces analyses, Israël n'aurait pas mis en danger la vie de plusieurs de ses ressortissants, leurs visages détendus fichés pour la postérité par toutes les agences de renseignements du monde entier. Jusqu'à récemment, plus de trois semaines après le "coup Mabhouh", des hommes politiques israéliens de haut rang souriaient face à ces accusations invérifiables qui prétendent que le Mossad est largement présent dans la région.

Une humeur d'autosatisfaction qui a imprégné les médias israéliens où, les premiers jours, Meïr Dagan était dépeint comme LE chef des renseignements par excellence, celui qui a su faire revivre le service, et pris des mesures extraordinaires quand ses prédécesseurs s'étaient montrés plus prudents. En clair, tous le décrivaient comme l'homme qui avait osé... et gagné.

Cependant, le vent a quelque peu tourné. De l'autosatisfaction à l'autopunition. Fidèle à la tradition de culture de l'ambiguïté chère à Israël, l'Etat n'a officiellement ni infirmé, ni confirmé la paternité de cet acte. Et avec l'affaire des identités usurpées, le héros Dagan d'hier est devenu l'incompétent d'aujourd'hui. Il est tout d'un coup portraituré comme l'homme à la tête d'une dictature, celui qui a renvoyé plusieurs de ses adjoints, se refuse à prévoir sa succession pour qu'aucun de ses responsables de sections ne soit tenté de prendre le dessus sur lui. Un homme trop longtemps demeuré au même poste. Et donc, désormais, contraint à partir.

Mission accomplie

Mais, de la même façon que l'humeur d'autosatisfaction avait été exagérée, ainsi l'est aussi la période sombre où l'opprobre est jetée. Un dangereux assassin - coupable d'avoir mené à la mort de civils innocents - a été neutralisé. Il en va de même pour l'élimination encore irrésolue du chef du Hezbollah, Imad Mougniyeh, à Damas, il y a deux ans. Peu importe qui a porté ce coup à l'organisation terroriste, et peu importe grâce à quelle aide il a pu être réalisé, le but est atteint, la cible touchée, et le Hamas rendu plus vulnérable. Mabhouh a été tué et n'est pas décédé de mort naturelle : le pot-aux-roses a été découvert et cela constitue donc un échec, c'est vrai, pour les auteurs de l'élimination. Mais il n'en demeure pas moins que les risques avaient été calculés au préalable par tous les commanditaires. Avec de vraies photos et de vraies identités apposées sur de faux passeports, les véritables immigrants israéliens d'origine européenne devraient facilement pouvoir démontrer leur innocence.

Quant à la crise diplomatique que toute l'affaire aurait pu causer, elle semble bel et bien avoir été évitée. L'utilisation de passeports britanniques ne cause que des dommages relatifs pour le gouvernement actuel de Gordon Brown, autrement préoccupé par de prochaines élections qu'il perdra sûrement. En outre, le choix des pays est sûrement un "fait exprès" : la Grande-Bretagne dont la jurisprudence interdit l'accès à tout criminel de guerre israélien ; l'Irlande, où le nom d'Israël est régulièrement traîné dans la boue par la population locale. On peut alors se demander si ces considérations n'émaneraient pas d'influences politiques, plutôt que de seuls services secrets.

Une répercussion est certaine en revanche : l'idée de voir le gouvernement de Brown amender la législation britannique n'a pas tellement évolué. Si la Grande-Bretagne demande de façon insistante des explications à Israël, l'Etat hébreu se devra d'en fournir face aux tabloïds britanniques tantôt véhéments, tantôt affabulateurs à notre égard. Il n'y a pas de dogme en la matière, pas de façon déterminée d'agir. Doit-on dire toute la vérité, une vérité partiale ou mentir effrontément ? La réponse est relative aux circonstances, à la nature des relations entre les pays, aux coopérations souhaitées, à la politique intérieure, et à bien d'autres domaines. Quand le scandale Mashaal a fait surface, le chef du Mossad d'alors, Danny Yatom, s'était immédiatement confessé aux Jordaniens. Mais aujourd'hui - si tant est que les rapports de la police de Dubaï disent vrai - est-ce que l'appareil de sécurité israélien saura surmonter un nouveau scandale sans y laisser trop de plumes ? Une fois encore, rappelons-nous, l'affaire de Dubaï n'a rien à voir avec le fiasco Mashaal. Bien au contraire. Il s'agit, d'abord et avant tout, d'une mission accomplie.

Mise en perspective n° IV : Certes, rien de tel qu'une opération infaillible. Mais elles sont rares. De telles actions s'accompagnent généralement de sources d'échec, de points faibles. L'excellence et l'infaillibité sont réservées au pape.

le grondement sourd de la détestation insidieuse d’Israël
Guy Millière
MENApress, 3 mars 2010

Rentrant des Etats-Unis où je me suis déconnecté des media français, je n’en ai que davantage l’impression de me trouver, en France, plongé en plein délire quel que soit le sujet traité.

Il en va ainsi pour ce qui concerne l’administration Obama et la situation intérieure américaine : je sais que la plupart des journalistes français, lorsqu’ils se rendent outre-Atlantique, sortent peu de Manhattan à New York, du quartier des lobbies bien pensants à Washington, DC, et du centre de San Francisco, où foisonnent bobos, gauchistes et autres dérangés, mais tout de même !

Rien à dire sur la chute libre d’Obama dans les sondages et sur l’atmosphère de fin de règne qui hante le parti Démocrate ?

Ce qui vaut pour les Etats-Unis vaut aussi en ce qui concerne l’Europe, où la crise financière est due, disent quasiment tous les journaux, à de méchants spéculateurs et à l’absence d’un gouvernement européen, mais strictement à rien d’autre.

Et surtout pas à ce qui a conduit Vladimir Boukovsky à comparer la construction de l’Union Européenne à la construction de l’Union Soviétique, ou à ce qui a mené Milton Friedman à souligner d’emblée que l’euro était promis à un funeste sort : qui, en France, oserait citer Boukovsky ou Friedman ?

Ce qui vaut pour l’Europe ou la crise financière européenne vaut aussi pour la Chine, face à laquelle il semble que l’attitude à adopter doive être celle de la fascination extatique : pour ce qui concerne la situation chinoise, les journalistes français, de manière presque unanime, parviennent à être plus optimistes que les commentateurs chinois eux-mêmes !

Le pire et le plus inquiétant, cela dit, reste la façon dont sont traitées les questions qui se rapportent à l’islam, au monde musulman et au Proche-Orient. Aux Etats-Unis, on donne la parole à Wafa Sultan, Nonie Darwish, Daniel Pipes, même si c’est de manière insuffisante.

Pas en France ! Où le discours le plus critique que l’on puisse entendre sur l’islam est celui d’une Caroline Fourest, qui prend toujours ses précautions pour dire qu’elle s’en prend à tous les extrémismes religieux, donc aussi, aux effroyables « Juifs intégristes » et aux non moins abominables chrétiens fidèles au discours du Pape.

Aux Etats-Unis, on peut parler de l’arriération culturelle, politique et économique du monde musulman : pas en France, apparemment, où cela tomberait, peut être, sous le coup des innombrables lois censées imposer une façon unique de penser comme on le faisait et on le fait encore dans des pays ouvertement dictatoriaux.

Aux Etats-Unis, on peut parler de la réalité du Proche-Orient : vraiment pas en France. Lorsque j’étais à Los Angeles, la façon dont une conférence de l’ambassadeur d’Israël à l’université d’Irvine avait été interrompue par des islamistes très bien organisés faisait scandale.

Or je serais enclin à penser, qu’en France, c’est l’idée même d’inviter l’ambassadeur d’Israël à parler dans une enceinte universitaire qui semblerait inimaginable, tant une détestation insidieuse d’Israël s’est infiltrée dans les mœurs et semble devenue normale, presque légitime.

J’ai, puisque j’aborde le sujet, vu qu’en quelques jours, les propos et écrits concernant Israël se sont multipliés à Paris, et il ne m’a pas échappé qu’ils relevaient tous, à des degrés divers, de cette détestation, même si certains de leurs auteurs tentaient d’y mettre les formes.

Un terroriste, tueur professionnel, membre haut placé du Hamas, est éliminé à Dubaï ? On n’attend pas de disposer de preuves précises, on se fie immédiatement aux rapports de la police de Dubaï, on parle d’ « assassinat », comme si le principal concerné était une victime innocente.

Et, bien sûr, on accuse Israël, en chantant en chœur ou en sourdine avec des gens qui sont, eux, de véritables assassins. On oublie au passage que l’élimination ciblée d’individus aussi pourris et dangereux que Mahmoud al-Mabhouh par les armées américaine, anglaise et française s’opère chaque semaine en Afghanistan.

On ne se demande pas ce que cherche Dubaï en diffusant des informations pas très vérifiables. On ne demande pas que les caméras de surveillance, si perfectionnées et si omniprésentes de Dubaï, nous montrent les images de ceux avec qui Mahmoud al-Mabhouh et ses semblables travaillaient.

On ne parle pas du rôle de Dubaï en tant que plaque tournante du financement du terrorisme islamique et en tant qu’interface entre l’Iran d’Ahmadinejad et une cohorte indéterminée de criminels en tous genres.

Le gouvernement israélien décide d’inscrire le Caveau des Patriarches et le Tombeau de Rachel au patrimoine de l’Etat d’Israël ? On laisse de côté que ce sont des lieux saints et des lieux de mémoire pour le peuple juif, qui n’ont cessé d’être menacés par les barbares islamiques.

On passe sous silence qu’Israël n’a jamais exclu quiconque de quelque lieu saint que ce soit et que, en revanche, les ennemis d’Israël, lorsqu’ils ont conquis par la force un lieu saint juif se sont empressés d’en interdire l’accès à tous les Juifs.

On incrimine Israël, qui serait coupable de « jouer avec le feu » ou de procéder à des « provocations », ce qui équivaut à sous-entendre que, si certains recourent à la violence contre des Juifs israéliens, ce sera, comme toujours, la faute des Juifs israéliens.

On rappelle sans cesse, ici ou là, l’acte, répréhensible, de Baruch Goldstein en 1994, que tout Israël a condamné, mais jamais que les équivalents arabes de Baruch Goldstein se comptent par centaines et ne sont, eux, pas stigmatisés par les sociétés arabes, mais célébrés comme « martyrs ».

On semble, par ailleurs, très pressé, vraiment très pressé, de voir se créer un Etat palestinien. On tresse des louanges à Mahmoud Abbas et à Salam Fayyad. On parle de progrès « considérables » en Cisjordanie.

L’expression « idiots utiles » me semblant très en dessous de la réalité, devrais-je parler de crétinisme généralisé, d’aveuglement plus que volontaire, d’amnésie, de lâcheté, de pratiques cauteleuses, inspirées par la peur et la servilité, et désigner par ces mots la quasi intégralité du personnel médiatique français ?

Ceux qui lisent, ce qu’on ne fait semble-t-il plus guère dans les salles de rédaction en France, savent ce que déclarent abondamment Mahmoud Abbas et Salam Fayyad lorsqu’ils s’expriment en arabe, et savent donc qu’ils ne sont pas plus modérés que Bernard Kouchner n’est une bonne sœur.

Les mêmes savent aussi que ce qui est « considérable » dans les territoires régis par l’Autorité Palestinienne, c’est, surtout, la corruption qu’alimentent copieusement les pays occidentaux par des dons et financements divers, qui ne tombent pas dans n’importe quelles poches. Les mêmes savent enfin que les « dirigeants palestiniens », quels qu’ils soient, ne veulent pas un seul instant d’un Etat palestinien à côté d’Israël.

De qui se moque-t-on ?

Je répondrais : du peuple d’Israël d’abord, qu’on traite de plus en plus, en Europe, avec le mépris qu’on réservait aux Juifs d’Europe dans les années 1930.

J’ajouterais : des populations arabes, qu’on laisse aux mains de corrompus propagandistes qu’on se charge de subventionner.

Et de la population française, bien sûr, qu’on désinforme et à qui on transmet des réflexes conditionnés anti-israéliens tout en prétendant lutter contre l’antisémitisme.

Je dirais enfin : de l’histoire et des faits. J’ai, dans ma bibliothèque, un rayonnage entier de livres très précis et très documentés sur l’histoire de la région, sur celle du mouvement « palestinien ».

Ces livres sont disponibles et très faciles à acheter sur Internet. Je ne puis croire une seule seconde que ceux qui ne lisent pas ignorent tout de ce qu’ils pourraient découvrir en lisant. Je dois penser qu’ils choisissent sciemment de mentir.

Je n’ai, en ce qui me concerne, jamais accepté de manger de ce pain là. Si je voulais me prostituer, je le ferais sans hypocrisie, et je fréquenterais le bois de Boulogne. Si, lassé de lutter contre les vents nauséabonds d’une propagande qui prétend décrire la réalité mais relève, en fait, de la fiction, je voulais passer à la fiction, j’écrirais des romans, et je dirais que ce sont des romans. Je n’aurais pas la malhonnêteté de prétendre que je décris la réalité.

Je me suis déconnecté quelques jours des media français, notai-je. Ce genre de déconnection est de plus en plus indispensable à ma santé mentale. Il m’arrive de me demander pourquoi je me replonge dans le délire. La seule réponse que je puisse m’apporter est : parce que je ne puis me résigner à l’hégémonie du délire.

Parce que, aussi, lorsque j’ai pris le chemin ardu de la connaissance et de ce que Karl Popper appelait la « quête inachevée », je me suis imprégné de l’idée qu’il y avait une éthique inhérente à la connaissance.

Savoir libère. La négation ou la falsification du savoir ouvre la porte à l’asservissement, à la destruction, et, parfois, au carnage. Je veux pouvoir me dire que je ne serai jamais du côté de l’asservissement, de la destruction eu du carnage.

Je n’oublie pas ce qui s’est passé en Europe il y a soixante cinq ans. Je n’oublie pas que les disciples des génocidaires européens d’il y a soixante cinq ans injectent leur venin dans les têtes à Ramallah autant qu’à Gaza, à Beyrouth ou à Téhéran.

Je suis agnostique, mais je discerne ce que nous devons, tous, au judaïsme, sans lequel ce qu’il y a de plus fécond dans la civilisation occidentale, pour l’essentiel, n’existerait pas.

C’était récemment la fête juive de Pourim : la lecture du livre d’Esther renvoie, précisément, à la guerre contre le peuple juif.

On y lit, me semble-t-il, la première incrimination antisémite connue. On y voit une femme juive qui n’a, d’abord, pas voulu s’impliquer et qui, ensuite, fait bien davantage que s’impliquer. Comme l’a noté Phyllis Chesler sur son blog : « le message du livre d’Esther vaut toujours ». Il rappelle à la vigilance face à la haine et, en particulier, à la plus vieille et à la plus pernicieuse de toutes les haines. Il rappelle qu’à chaque instant, que nous soyons juifs ou non, nous devons faire des choix qui nous définissent.

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